Rencontres pour mémoire


Entretien entre Anselm Kiefer et Daniel Arasse
Editions du Regard/France Culture


Avec l’élégance que l’on lui connait, Daniel Arasse fixe le cadre favorable à une exploration de l’œuvre d’Anselm Kiefer. A une connaissance accrue de celle-ci – Daniel Arasse a publié en 2000 une monographie sur l’ensemble de ce travail – s’additionne une volonté de faire partager son extrême richesse par le plus grand nombre, en l’occurrence les auditeurs de France Culture lors de la radiodiffusion de ces cinq émissions en novembre 2001. Ce sont ces entretiens que l’on retrouve aujourd’hui publiés en version papier, augmenté d’un cd qui témoigne de la vivacité des échanges entre les deux hommes. Car l’axe par lequel l’historien de l’art aborde la complexité de cette œuvre, bénéficiant actuellement d’une large reconnaissance, embrasse les méandres tant de la pensée de l’artiste qu’elle permet une allégresse dans ce discours à deux, dont on finit par oublier la néanmoins forte structuration. C’est en ces mots que Daniel Arasse, aujourd’hui disparu, évoquait l’émission : « Je me suis efforcé de suggérer un parcours dans un labyrinthe dont on a progressivement le sentiment que Kiefer y joue le rôle de Dédale, de Thésée et du Minotaure. » De cette approche non linéaire résulte un éclairage des thèmes qui fondent l’univers kieferien, avec toujours des références à certaines de ses pièces que l’on retrouve en illustration dans l’ouvrage : retour sur son rapport à l’Histoire, notamment allemande, considérée par l’artiste comme de l’argile, matériau à modeler, dont il s’empare pour faire le deuil de ce que le nazisme a fait perdre. Passage par la mélancolie, liée elle aussi à cette affliction, lorsqu’il énonce : « je pense ne jamais parvenir à ce que je veux ». Lacet par la matérialité dense de son travail, l’usage du plomb ou de la paille, sa fascination pour l’alchimie, les livres qui constituent le principal de son œuvre, bien que moins connu du grand public. Dernier détour sur l’aspect « cultivé » de celle-ci, qui malgré l’empreinte primitive dont l’ont parfois affublé certains observateurs, dénote plus le trait d’un art d’après la civilisation.

Tom Laurent


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